Reculer en avançant (éditorial)
  La réforme du lycée est entamée en classe de seconde, la rentrée de la classe de première rénovée se prépare (programmes disponibles dans la page dédiée à la réforme), et les programmes de la classe de terminale rénovée sont en cours d'écriture. Bref, on pourrait dire en première approche que "ça avance"…
Pourtant, le sentiment de l'UPBM est plutôt que "ça recule". Cette réforme ne nous semble pas en effet grandir le système scolaire français : le critère omniprésent des différents niveaux de réflexion semble constamment être la réduction des moyens affectés à l'Éducation et des coûts afférents, la pédagogie restant secondaire. Une grande partie de la réforme des filières technologiques consiste en effet à diminuer les exigences techniques et matérielles de ces formations. En ce qui nous concerne, cela se traduit notamment par la création d'une discipline à l'intitulé absurde ("Chimie, Biochimie, Sciences du Vivant") dont le Ministère semble imaginer qu'un duo de professeurs de SPCFA et de SVT sera aussi capable, après formation, de "remplacer" un enseignant de Génie Biologique : si les besoins existent, pourquoi inventer ce bricolage pédagogique plutôt que de recruter les enseignants de Génie Biologique nécessaires ? L'intérêt de l'élève ne devrait-t-il pas primer devant des bricolages managériaux ? En STI cette logique a été poussée bien plus loin, et l'UPBM se réjouit à posteriori d'avoir su convaincre le Ministère (lors des rencontres avec le Conseiller Roser) de l'intérêt de préserver une filière STL biotechnologique à part entière, qui fonctionne, attire des jeunes, et les forme à des métiers ayant de réels débouchés, et dont la Nation a grand besoin. Seule « consolation » pour la voie technologique – mais en est-ce vraiment une – les filières générales sont encore moins bien loties, avec un enseignement scientifique raboté et des dédoublements réduits à portion congrue.
Les DHG tombent aujourd'hui dans les établissements et, comme les recteurs voient une partie de leur rémunération vraisemblablement assujettie à l'amplitude des postes qu'ils ont réussi à supprimer dans leur académie (la fameuse prime sur "objectifs"), évidemment partout les moyens sont à la baisse. Le calibrage des classes à des effectifs de 35, la création de troncs ("socles") communs artificiels, l'autonomisation progressive du fonctionnement des établissements (dédoublements attribués sous forme d'enveloppe globale, "combinaison transdisciplinaire" de professeurs en CBSV) aboutit à ce que les chefs d'établissement gèrent localement la misère, mais démolit le caractère national des enseignements, et entraîne les équipes à se déchirer pour préserver qui le poste d'un collègue, qui les heures d'une classe. Cette dérégulation massive est le germe destructeur du caractère national de l'Éducation Nationale. Le pire est à venir avec les établissements ECLAIR où la dérèglementation élargie sera la règle, ce qui dans un contexte de baisse drastique des ressources ne pourra être que catastrophique.
Le Gouvernement semble éluder, à l'Éducation comme récemment à la Justice, ou encore à la Santé, la question des moyens. Il ne nous coûtera donc rien de rappeler ici les données du rapport du Centre d'Analyse Stratégique (le CAS dépend des services de Matignon) dans le tableau de bord sur l'emploi public : la France présente un taux global d'encadrement des élèves le plus bas des pays de l'OCDE (p.44 du rapport). Alors que le Gouvernement semblait si friand d'aller voir à l'étranger au début de sa réforme (on a tant entendu parler alors du lycée finlandais), ou les journalistes si heureux de brocarder les résultats de la France dans les études internationales (PISA notamment), bizarrement cette étude du CAS ne rencontre pas le même succès. Les 50.000 postes supprimés depuis 3 ans (près de 100.000 depuis 2002 !) laissent pourtant bien des trous partout : le pool des TZR est attribué depuis longtemps à des postes à l'année si bien que tout congé même prévu de longue date n'est plus remplacé, et nombreuses sont les équipes qui fonctionnent toute l'année avec des vacataires ou des contractuels non titulaires des concours.
L'UPBM n'est pas contre une réforme du lycée – bien au contraire, en participant dès 2005 à la réécriture du programme de la STL-BGB elle l'appelait même de ses vœux ; en prenant systématiquement part depuis deux ans à l'écriture de tous les programmes de la réforme actuelle (EDE de seconde ; et sur le cycle terminal : propositions pour MI, participation aux travaux sur CBSV, coécriture sur Biotechnologie) dans un esprit de collaboration constructive avec notre inspection, le Bureau de l'UPBM a assumé ses responsabilités, en appliquant et respectant le cadre défini par le Ministère quelques en soient les défauts, et en essayant pour nos élèves de tirer le meilleur parti des conditions imposées.
Mais l'actuel démembrement de l'Éducation Nationale auquel nous assistons nous désole, et il nous faut le dire. Nos élèves – que, nous, nous avons en face de nous tous les jours – ne sont pas des chiffres dans un tableau Excel géant*, mais bien des individus porteurs d'avenir et d'espoir, pour lesquels nous souhaiterions que l'ambition nationale soit bien plus haute. Ils continuent et continueront d'être notre premier souci.
Le bureau de l'UPBM.
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* « La mesure de la performance est nuisible quand elle évite de réfléchir aux problèmes de gestion et qu’elle conduit à regarder plus souvent les écrans que les hommes. » Lire l'excellent livre de Maya Beauvallet, "Les Stratégies absurdes. Comment faire pire en croyant faire mieux !" (Seuil, 2009)
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